Publié le 05.02.2026
Le gaspillage alimentaire n’est plus seulement une question d’éthique ou d’écologie ; c’est devenu un enjeu réglementaire et économique majeur pour toute la filière. Selon le Code de l'environnement, le gaspillage englobe « toute nourriture destinée à la consommation humaine qui est perdue, jetée ou dégradée ».
Alors que la France s'est fixé des objectifs ambitieux pour 2030, où en sommes-nous vraiment et quels sont les leviers d'action ?
État des lieux : La France face à ses déchets alimentaires
Les chiffres publiés fin 2025 par le SDES sont sans appel : en 2023, la France a produit 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires.
- Le constat : 40 % de ces déchets sont issus du gaspillage pur (denrées comestibles jetées).
- Le ratio : Cela représente 142 kg par habitant, un chiffre supérieur à la moyenne européenne (130 kg).
- Les responsables : Contrairement aux idées reçues, la majorité des déchets est générée lors de la consommation à domicile, suivie par la transformation et la production primaire.
Focus sur la production agricole
Le secteur agricole primaire génère environ 0,9 % de pertes. Cependant, ce chiffre varie drastiquement selon les cultures :
- Pommes de terre : 9 % de pertes à la récolte.
- Légumes : 3,2 % en moyenne.
- Fruits : 2 % en moyenne.
- Les productions animales et les protéagineux destinés à l'élevage affichent, quant à eux, des taux de perte quasi nuls.
Un arsenal législatif de plus en plus strict
Depuis 10 ans, la France a bâti un cadre légal solide pour contraindre et inciter les acteurs à agir :
- Loi Garot (2016) : Interdiction de javelliser les invendus et obligation de convention de don pour les supermarchés (> 400 m²).
- Loi EGalim (2018) : Extension des obligations à la restauration collective et à l'agroalimentaire.
- Loi AGEC (2020) : Renforcement des contrôles et sanctions (jusqu'à 0,1 % du CA pour la destruction de denrées consommables).
- Horizon 2030 : La directive européenne "Déchets" impose une réduction de 10 % dans la transformation et de 30 % pour les ménages et la restauration.
Le don agricole : Une opportunité fiscale et solidaire
Le don est le deuxième pilier de la hiérarchie de lutte contre le gaspillage, juste après la prévention. Pour l'agriculteur ou l'industriel, donner ses invendus présente un double avantage :
- Social : Accès à une nourriture saine pour les plus démunis. L'association SOLAAL a ainsi redistribué un record de 7 088 tonnes de dons en une année (soit 14 millions de repas).
- Fiscal : L'article 238 bis du CGI permet une réduction d'impôt de 60 % de la valeur des marchandises données.
Des outils comme la plateforme numérique de SOLAAL ou l'application Phenix (pour la distribution) facilitent aujourd'hui la mise en relation entre l'offre et la demande.
Quelles perspectives pour 2026 ?
L'avenir de la lutte contre le gaspillage repose sur trois leviers technologiques et citoyens :
- Généralisation du tri des biodéchets : Désormais obligatoire, le compostage de proximité ou la collecte séparée doit devenir un réflexe pour chaque Français.
- Certification : Le Label National Anti-Gaspillage Alimentaire s'étend maintenant à la restauration commerciale pour valoriser les établissements vertueux.
- Technologie IA : L'arrivée des étiquettes intelligentes avec indicateurs de fraîcheur et l'intelligence artificielle pour la gestion des stocks permettent de réduire drastiquement les marges d'erreur en magasin.
Si la production et la distribution ont déjà entamé leur mue, le plus gros gisement de progrès reste la consommation à domicile. L'intensification des campagnes de sensibilisation et l'usage d'outils numériques de redistribution seront les clés pour atteindre les objectifs de 2030.