Qui sont les jeunes agriculteurs d'aujourd'hui ?
Publié le 04.11.2025
Qui sont les jeunes agriculteurs d’aujourd’hui ?
Alors que le renouvellement des actifs agricoles reste une question centrale pour le secteur, le projet Agri-Novo (ESA Angers) propose un regard sociologique sur les nouveaux installés entre 2018 et 2022. À partir de 3 400 questionnaires, l’étude dresse un panorama détaillé des profils et parcours, révélant une diversité bien plus riche que la simple opposition traditionnelle entre héritiers et NIMA (non issus du milieu agricole).
Cinq profils pour mieux comprendre la diversité
L’analyse met en évidence cinq profils types de jeunes agriculteurs, chacun illustrant des trajectoires et des motivations distinctes. Ces catégories dépassent les clichés et permettent de mieux comprendre comment se construit l’installation agricole aujourd’hui.
1 : Les héritiers bien préparés - le cœur du renouvellement
Ce premier groupe représente 34 % des jeunes installés. Majoritairement jeunes et masculins, ces héritiers combinent une socialisation précoce à l’agriculture et une formation spécialisée. Ils accumulent expériences diverses, parfois en dehors du cadre familial, et affichent une forte motivation pour reprendre l’exploitation familiale. Leur parcours linéaire illustre une transmission intergénérationnelle assumée et planifiée, confirmant que la relève familiale reste un pilier du secteur.
2 : Les héritiers sans vocation - une entrée par opportunité
Représentant 22 % des jeunes installés, ce profil est plus souvent féminin et se caractérise par un parcours moins directement lié à l’agriculture dès l’enfance. Certains ont d’abord exploré d’autres secteurs professionnels avant de s’installer. L’installation résulte parfois d’une opportunité ou de l’influence d’un conjoint, traduisant une re-socialisation progressive plutôt qu’une vocation précoce.
3 : Les classes populaires hors cadre - autonomie et reconversion
Ces jeunes, 16 % des nouveaux installés, ne sont pas issus de familles agricoles mais ont un ancrage dans le monde rural. Leur parcours passe souvent par le salariat agricole et une formation courte, reflétant une volonté d’indépendance et une démarche de reconversion sociale. Leur objectif est clair : travailler en autonomie et en lien avec la terre.
4 : Les reconvertis des classes moyennes - des néo-ruraux motivés par les valeurs
Ce groupe représente 20 % des jeunes agriculteurs. Ils choisissent l’agriculture après plusieurs vies professionnelles et s’engagent particulièrement dans les circuits courts et l’agriculture biologique. Ces profils, souvent issus des classes moyennes, illustrent la montée des néo-ruraux, motivés par des valeurs, la quête de sens et le désir de se réapproprier leur travail, tout en restant peu syndiqués.
5 : Les reconvertis des classes supérieures urbaines - capitaux et changement de vie
Enfin, les 8 % restants sont issus de classes supérieures urbaines, souvent très diplômés et anciens cadres. Certains enfants d’agriculteurs réalisent un retour au métier familial après une ascension sociale. D’autres, totalement extérieurs au milieu agricole, choisissent ce métier comme un moyen de changer de cadre de vie, apportant avec eux des capitaux culturels et économiques précieux pour leur installation.
Pluralité des parcours : repenser la nouvelle génération agricole
L’étude révèle que le terme « NIMA » gomme la richesse des parcours des non-héritiers. Qu’ils viennent des classes populaires, moyennes ou supérieures, de nombreux jeunes s’appuient sur leurs formations, ressources et ancrage rural pour réussir leur installation. Cette diversité, loin de fragiliser la relève, montre que l’agriculture sait accueillir des profils variés et se renouveler dans un monde en mutation.