L’imputation d’un déficit foncier sur le revenu global constitue un levier d’optimisation fiscale apprécié des investisseurs immobiliers. Toutefois, ce mécanisme repose sur un principe fondamental du droit fiscal : le bien doit être effectivement loué ou destiné à l’être sans interruption volontaire.
Lorsqu'un logement reste inoccupé, les charges afférentes (intérêts d'emprunt, taxe foncière, primes d’assurance, travaux de rénovation) cessent d'être automatiquement déductibles. Une décision récente de la cour administrative d’appel (CAA) de Marseille illustre la rigueur avec laquelle les juges examinent la réalité des démarches entreprises par les bailleurs pour relouer leurs biens.
Le principe légal : la déductibilité conditionnée à la mise en location
En vertu de l’article 31 du Code général des impôts, les charges foncières ne viennent en déduction des revenus bruts que si l'immeuble est affecté à la location.
En période d'inoccupation entre deux locataires, la déduction reste admise par tolérance doctrinale, mais à une condition stricte : le propriétaire doit établir qu’il accomplit toutes les diligences nécessaires pour relouer le bien et qu’il ne s’en réserve pas la jouissance.
Si cette condition n'est pas remplie, l'administration fiscale considère que le propriétaire conserve la disposition personnelle du local, ce qui entraîne la réintégration immédiate des charges déduites et la remise en cause des déficits imputés sur le revenu global (dans la limite de 10 700 € par an) ou reportés sur les revenus fonciers des dix années suivantes.
L'affaire jugée : pourquoi les éléments du propriétaire ont été rejetés ?
Dans l’arrêt rendu par la cour administrative d’appel de Marseille le 17 septembre 2026 (n° 25MA01290), un investisseur contestait les redressements fiscaux appliqués à plusieurs logements détenus en direct et par le biais de Sociétés Civiles Immobilières (SCI).
Pour justifier la vacance prolongée de ses biens et maintenir la déduction de ses charges, le contribuable avançait trois arguments principaux :
- Des dégradations importantes causées par les anciens locataires ;
- L’impossibilité matérielle de trouver de nouveaux occupants dans ces conditions ;
- La nécessité de planifier des travaux préalables.
À l'appui de sa contestation, le contribuable a transmis des états des lieux de sortie attestant de l'état dégradé des lieux, ainsi que des devis de travaux d'artisans.
La juridiction administrative a jugé ces pièces insuffisantes. Selon la Cour, la simple présentation de constats de dégradation et de devis non signés ne prouve ni l'impossibilité absolue de remettre les logements sur le marché locatif, ni l’engagement effectif des travaux, et encore moins la mise en œuvre de démarches concrètes de commercialisation.
Charge de la preuve : une obligation pesant intégralement sur le bailleur
En matière de contentieux fiscal lié aux revenus fonciers, la charge de la preuve incombe au contribuable. Il ne revient pas à l’administration d’établir que le propriétaire a voulu conserver le logement vide pour convenance personnelle, mais bien au propriétaire de démontrer sa volonté active de louer.
L'inaction ou la lenteur excessive dans la réalisation des travaux de remise en état est régulièrement assimilée par la jurisprudence à une absence d’effort de relocation, privant le propriétaire du droit à déduction.
Les justificatifs indispensables pour sécuriser vos déficits fonciers
Pour prévenir tout risque de requalification lors d'un contrôle sur pièces ou d'une vérification de comptabilité d'une SCI, les investisseurs doivent archiver systématiquement des pièces probantes tout au long de la période de vacance.
Les preuves de commercialisation
- Mandats de location confiés à des agences immobilières (sans fixer un loyer disproportionné par rapport au marché local).
- Factures d'insertion d'annonces sur les plateformes spécialisées.
- Comptes-rendus de visites et échanges écrits avec des candidats locataires.
- Justificatifs d'ajustement du prix du loyer en cas d'absence prolongée de candidatures.
Le suivi des litiges et impayés
- Courriers de mise en demeure adressés aux locataires défaillants.
- Commandements de payer délivrés par commissaire de justice.
- Assignations en justice et déclarations de créances au passif des locataires.
La réalité des travaux de réhabilitation
- Devis acceptés, signés et assortis d'acomptes réglés.
- Factures définitives acquittées attestant de l'avancement des rénovations.
- Ordres de service ou contrats d'entreprise montrant un calendrier de chantier cohérent.
Les conséquences financières d'une remise en cause fiscale
La réintégration des charges indûment déduites entraîne plusieurs sanctions financières pour le contribuable ou les associés de la SCI :
- Rappel d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux (17,2 %) calculés sur la base redressée.
- Intérêts de retard légaux, décomptés à partir du moment où l'impôt aurait dû être acquitté.
- Majoration d'au moins 10 % pour non-respect des obligations déclaratives, pouvant être portée à 40 % en cas de manquement délibéré si l'administration démontre que le bailleur ne pouvait ignorer le caractère non louable du bien.
Ce qu'il faut retenir sur la vacance locative et déficit foncier
La gestion d'un bien immobilier vacant impose une traçabilité rigoureuse. Face à une administration fiscale vigilante, l'intention de louer ne suffit pas : seules des démarches continues, étayées par des documents datés et incontestables, garantissent le maintien des déductions fiscales.